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À propos de notre salaire…édition du 8 mai 2010 PDF Envoyer

L’idée d'écrire cet article à germé doucement en moi, en même temps que j’évoluais dans le métier. En fait je voudrais revenir sur la notion de paye :

quel est notre salaire, combien gagne-t’on vraiment ?

 

  Pendant la formation à l’INPP je me rappelle d'un instructeur qui nous disait « vous aller voir les gars en ce moment, il y a moyen de faire de l’argent, les mecs gagnent 900 francs jours »  ce qui vu comme ça n’est pas si mal. Puis par la suite, comme tout le monde, je me suis mis à parler de mon salaire de la même manière 150 euros par là 160 par ici….

 

  Sauf que progressivement, il faut dire que le Scaph à la tronche dure et j’ai réalisé que c’était une vraie aberration de parler ainsi… Car notre salaire correspond uniquement à ce que l’on gagne en tarif horaire, le reste ce n’est pas du salaire mais des primes que l’on nous donne pour nous déplacer, dormir, rouler, acheter du matos …Dans notre activité, les gars sont tellement indépendants dans leur tête qu’ils se sont pris pour de vrais « free lance » à l’anglosaxonne et ils raisonnent en chiffre d’affaires. Il faut aussi dire que, autant les boîtes d’intérim, que les patrons nous ont poussé dans ce travers puisqu’ils s’expriment de la même manière. Ce qui les arrangent bien car cela permet d’entretenir une certaine confusion.

  Donc depuis quelque temps, j’étais dans cette démarche qui consistait à comprendre vraiment ce qu’était un salaire. Je dois aussi dire qu’un certain discours ambiant, entendu régulièrement sur les chantiers a motivé ma réflexion. Le fait de dire qu’il valait mieux toucher un salaire horaire faible et des primes gonflées était préférable car on n’était pas imposé sur les primes me paraissait complètement absurde, idiot et surtout improductif dans une démarche globale de défense du métier. Tout cela m’a aussi permis de comprendre que finalement peu de scaphs (et de gens en général), et moi le premier il y encore pas si longtemps, comprenaient vraiment la composition d’un salaire .

 

Pour faire vite on peut résumer un salaire de la manière suivante : celui-ci est composé en deux parties: Un salaire direct et un salaire indirect .

Le salaire direct correspond à notre tarif horaire net.

  Le salaire indirect à la différence entre notre brut et net ainsi qu’un certain nombre de charges sociales payées par notre employeur que nous ne voyons pas forcément apparaître. Cette dernière partie étant fonction de la première puisqu’il s’agit d’un pourcentage.

  Donc plus notre tarif horaire est important plus notre salaire indirect est élevé. Concrètement plus notre cotisation retraite est forte ainsi que nos indemnités chômages et maladies. Cela concerne aussi notre couverture sécu, nos droits à la formation etc.…

 

  Tout ce système à été mis en place par le conseil national de la résistance après la seconde guerre mondiale partant du principe qu’il fallait mutualiser une partie des salaires afin de mutualiser une partie des risques de la vie. Il a donc été décidé qu’une partie du salaire du salarié ne lui serait pas versée directement mais serait versée à des caisses (retraite, maladie…) Pour être géré collectivement . Mais ces cotisations n’en reste pas moins une partie du salaire du travailleur. 

  Cela revient à penser de la manière suivante : les personnes en bonne santé payent pour les malades en se disant que le jour où elle sont malheureusement concernées elles pourront « s’appuyer » sur les valides pour prendre en compte le coût de leurs soins. Et l’on peut décliner ce principe à la retraite par répartition, chômage etc… Pour faire vite on peut résumer cette philosophie aux fondements du pacte social français.

` Tout cela a plusieurs conséquences. Très simples à comprendre :

-Plus notre salaire horaire est faible plus notre salaire indirect est faible et donc le niveau de prestation social auquel nous accédons est bas. Tout cela est à bien méditer quand on pense à nos avenirs personnels.

-Chaque fois qu’une réforme nous explique que le niveau de cotisation patronal baisse (d’ailleurs maintenant on dit charge patronale…) on baisse en fait notre salaire puisque c’est sur cette partie qu’est calculé tout ce à quoi nous avons droit. Tout cela passe d’autant mieux dans l’opinion public que nous sommes maintenant dans ce contexte général, depuis une trentaine d’années, de dérégulation généralisée, de remise en cause de la notion de solidarité au sein d’une société et d’un individualisme élevé au rang de valeur première (surtout dans le monde de l’entreprise et des grandes écoles sans parler des médias en général).

 

  Donc quand nous acceptons de nos patrons des salaires horaires faibles, et c’est quasiment toujours le cas au profit d’IGD, nous travaillons contre nos intérêts collectifs. Par contre nous faisons un cadeau à notre employeur. D’ailleurs ceux-ci se sont bien arrangés pour faire entrer dans nos consciences le contrat tacite suivant:

« Quel que soit le chantier on vous donne les IGD » . 

  En réalité il s’agit dans de nombreux cas de salaires déguisés. Ce qui en soit est très dangereux car dans pleins de cas nous n’y avons tout simplement pas droit. Il suffit que des contrôles sérieux aient lieu dans les comptabilités de nos employeurs pour que nous retrouvions un tarif horaire juste . Et dans ce cas-là il y en a certains qui vont pleurer. Rappelez vous de la tentative d’Hydro de prendre des plongeurs locaux sur son chantier du Cagnier (Toulon) et de ne pas payer les IGD . Tout le monde a crié au scandale, personne ne voulait y aller, mais pour une fois, d’un point de vue légal, Hydro était dans son droit. Et c’est ce qui nous pend au nez si nous ne faisons pas augmenter de manière importante nos tarifs. Car on ne peut pas, d’un côté, demander plus de respect de la législation et de l’autre s’offusquer quand notre employeur nous retire des primes qu’il n’a pas le droit de nous donner!

Notre action passe aussi par un minimum de cohérence :

  on ne sera pas crédible si d’un côté nous revendiquons l’application de la loi et que de l’autre nous fermions les yeux quand le fait de fermer les yeux nous rapporte plus d’argent.

 

  Concrètement cela veut dire que nous devons gagner correctement notre vie par notre savoir faire de Scaphandrier et non pas par notre capacité à vivre comme des « clochards » du lundi au vendredi….

 

Il nous reste donc le débat afin de déterminer à combien doit être rémunéré un scaphandrier….

 

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