Pourquoi nous avons tort d'avoir peur...par Benoit Poinard

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Pourquoi nous avons tort d'avoir peur...par Benoit Poinard

Message par GreenMachine » 25 Fév 2018, 11:53

Pourquoi nous avons tort d’avoir peur…

Salut à tous ;
Peu d’entre vous me connaissent car je suis un handicapé des réseaux sociaux. Je suis un des fondateurs de Scaphmotion et suis à l’origine de notre ralliement à la CGT (désolé pour ceux que cela dérange). C’est moi qui suis « monté » le premier au COCT de la Direction Générale du travail pour défendre notre cause. L’avocat de notre mouvement est un ami d’enfance, moniteur de plongée, qui travaille pour nous depuis presque dix ans sans quasiment se payer. Par contre je suis incapable de faire le travail du quotidien que réalise notre magnifique Eric Saint Sulpice en animant les débats comme il le fait sur Facebook. Je tiens ici à insister sur son rôle, son abnégation et lui réitérer mon amitié. Tout cela pour vous dire que depuis longtemps je suis investi dans le combat pour notre profession et j’ai régulièrement été à l’origine, ou en tout cas toujours volontaire, pour participer aux mouvements « locaux » pour protéger et défendre les intérêts des scaphs… Ceux qui me connaissent ou qui m’ont croisé en chantier pourront en attester.
J’ai passé ma vie sous la flotte : j’avais dix ans la première fois que j’ai respiré dans un détendeur, j’en aurai 45 dans quelques mois. Seize la première fois que j’ai tenu une suceuse à air, 19 quand j’ai passé la première fois les 100m aux trimix, l’année ou j’étais classé à l’INPP… j’ai été moniteur, plongeur spéléo de pointe, plongeur dans l’armée, j’ai participé au chantier du phare d’Alexandrie, fait 40 rotations en offshore sur dix ans (malheureusement 2 sats uniquement) , passé trois mois et demi en Antarctique sur la base Dumont d’Urville comme scaph/soudeur, travaillé en intérim pour une grande partie des boites importantes en France. Depuis maintenant 8 ans je suis chef de chantier pour O’CAN, avec à mon actif la direction, entre autre, de beaux chantiers comme le renflouement du chaland romain Arles-Rhône 3, d’une série de chantiers profonds sur le barrage de Génissiat ou encore le changement des rails de la porte aval de l’écluse Watier sur le port de Dunkerque…
Ce petit laïus sur ma personne pour dire que si il y a quelque chose que je connais en ce bas monde, c’est assurément la plongée et le milieu du scaphandrier. Comme tous j’ai fais des choix et sacrifié un paquet de choses pour la passion de ce métier …
Et c’est quoi le constat ? … Bientôt 45 balais, un salaire brut de 2500 euros, la perspective d’une retraite minable (si on la touche…), un corps qui commence à fatiguer (en tout cas bien plus que ceux de mes potes d’enfance qui ne sont pas ouvriers), un savoir faire très particulier qui peut être difficile de valoriser lors d’une reconversion. Une multi-compétence que personne ne reconnait, en tout cas pas nos patrons et ni nos clients.
Sur des chantiers le scaphandrier est le seul personnel que l ‘on voit tour à tour soudeur, découpeur, coffreur, bétonneur, monteur, mécanicien, électricien, conducteur d’engin, levageur, inspecteur d’ouvrage, photographe et vidéaste, pilote de bateau, gazier (pour ceux qui maitrisent les mélanges)… Toutes ces actions il va les réaliser dans un milieu ou il ne peut pas vivre… Qui va travailler dans un milieu dans lequel il ne peut pas vivre ? Et pourtant son salaire est dans certains cas juste au dessus de celui du manœuvre…
L’autre jour sur un de mes chantiers le client fait venir un technicien, d’Allemagne, pour nous conseiller lors d’une manip pendant laquelle nous mettions en œuvre un procédé développé par sa boite. Le client me fait la confidence que le gars lui coûte 1900 euros jours… Et dans le même temps cela ne l’étonne pas de payer trois scaphs, avec tout le matos pour respirer, 1700 euros ! (Heureusement l’outillage n’est pas compris)… Il n’y a pas un problème là ? Et encore 1700 c’est le prix fort en France, certains de nos patrons facturent 1400 les trois bonhommes… Alors évidemment, dans ces conditions, la seule solution consiste à nous payer avec un lance pierre.
Comme au SNETI ils font tout sauf de s’entendre sur des prix plancher et qu’une fois le restaurant quitté la guerre commerciale reprend de plus belle, les choses ne sont pas prêtes de changer.
Les seuls qui peuvent peser dans la balance, ce sont nous. Et non pas en allant demander poliment aux patrons ! Car il n’y a que dans les contes de fées que cela fonctionne. Il faut se battre. Et ce qui est dommage c’est que nous sommes sans doute les seuls à n’avoir pas pris conscience du poids que nous avons. Pour info, si la direction générale du travail ré-ouvre environ tous les vingt ans le dossier de l’hyperbarie ce n’est pas pour rien. On me l’a dit dans les yeux : notre activité est stratégique pour le pays. Qui pour dévaser en urgence une prise d’eau de centrale nucléaire ? Qui pour débloquer une écluse un samedi soir à 21h ? Qui pour déposer un élément de batardeau dans une usine hydroélectrique ? Et l’on peut dérouler presque à l’infini cette liste. On doit pouvoir intervenir vite et en dans un français parfait car les accès à certains sites sont conditionnés par des procédures complexes voir des enquêtes de moralité qu’il sera difficile d’obtenir dans des délais raisonnables, même avec des ressortissants de pays européens. Nos activités ne sont pas dé-localisable et nous n’avons pas grand chose à craindre de travailleurs étrangers. En résumé, nous sommes peu nombreux mais notre activité est suffisamment importante pour le pays pour que le législateur soit soucieux du fait que notre champ réglementaire et législatif soit en accord avec les réalités actuelles.
Dans ce contexte il serait facile de faire parler de nous ! Il suffit de refuser de travailler pendant un mois et de soutenir l’action par un bon plan com. Un tel mouvement n’est possible que si les « cadres » (chefs de chantier et d’équipes) des trente premières boites se mettent en grève en même temps et qu’ils empêchent l’accès des ateliers aux intérimaires que les patrons essaieraient d’embaucher (même si cela est interdit…). C’est notre seule chance de faire comprendre à nos clients qu’en ce moment, et depuis longtemps, les prestations de plongée professionnelle ne sont pas assez chères !
Alors vous allez me dire que c’est impossible, une utopie…enfin il me semble que dans l’histoire de l’humanité il y a des gens qui ont su mener des combats d’une autre ampleur, peut être pour des causes qui paraissent plus nobles… Dans notre cas on parle tout de même d’équité et de justice parce qu’une chose est sûre : nous méritons la paie qu’on va se chercher quotidiennement au fond de la flotte !
A réfléchir !
Et à suivre, j’espère.
Ben (Benoît Poinard)
Contact scaphmotion@gmail.com
Page Facebook Scaphmotion, Scaphmotion groupe de discussion sur Facebook ,un site internet http://www.scaphmotion.fr
Pour vous syndiquer:
Union Syndicale CGT des Salariés des Entreprises de Travaux Sous-marins.
Adresse scaphmotion@gmail.com
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